13 juin 2024
Témoignages

Norbert

On avait du mal à joindre les deux bouts dans notre famille d’ouvrier. Mon père étant en longue maladie, ma mère faisait les ménages et les marchés pour gagner de quoi donner une instruction à leurs enfants. A vingt ans, je suis sorti d’une école privée avec un BEP de comptabilité. A cette époque, la patronne de marché de ma mère lui céda son fonds de commerce. Une aubaine me diriez-vous !

Ce fut en fait le commencement de nos problèmes. Mon frère qui avait suivi aussi des études commerciales, voulait réussir, quitte à prendre de gros risques. Il présenta aux banquiers des études d’estimations de notre affaire, qu’ils avalisèrent en lui faisant confiance. En réalité, il investissait d’une manière effrénée. Au bout de six ans, ce fut l’échec mais heureusement nous étions bien assurés.

Ma mère et mon frère tombèrent malades. Notre mère quitta également notre père. Nous nous sommes tous séparés : quelle faillite pour notre famille !

Je me suis dit : « si l’argent ne fait pas le bonheur, c’est peut-être autre chose ! » En général j’avais remarqué que c’est la routine qui tue tout : la vie professionnelle, l’amour dans les couples etc, etc…

« Je vais donc rompre avec cette routine-là et partir en comptant sur mes propres forces. » Je me suis entrainé à gravir toutes les côtes de ma région à bicyclette. Puis j’ai quitté ma Lorraine natale avec ma bicyclette chargée de trente-cinq kilos de bagages.

Pour vivre naturellement !

 Je travaillais. J’ai fait les vendanges en Bourgogne puis dans le Jura. J’ai travaillé dans une petite entreprise familiale de Placoplâtre et peinture, déchargé également les camions au marché aux fleurs à Nice ou encore j’ai travaillé dans le bâtiment en Corse.

Puis chemin faisant, je voulais rencontrer encore d’autres gens, parcourir l’Europe et ne quitter un pays qu’après en avoir maîtrisé la langue. Étant d’origine italienne, j’ai commencé par apprendre l’italien en visitant l’Italie du nord au sud. Puis toujours pareil, j’ai dû effectuer des petits boulots dans un camping, dans un cirque, au Club méditerranée comme moniteur de voile, plongeur, etc..

Quand on a un but, un rêve, généralement on le réussit à force de volonté, de persévérance. Je m’étais entrainé avec ma force, j’y croyais. J’ai vu du pays, des gens. Je trouvais même du travail pour d’autres, j’étais content. Mais je réalisais que j’étais rentré dans une nouvelle routine, en plus accélérée : il me fallait donc la casser de nouveau.

Alors j’ai pensé vivre l’aventure ailleurs. Après avoir maîtrisé l’italien en deux ans et demi, avoir rencontré beaucoup de touristes allemands dans toute l’Italie avec leur Deutschemark et étant dans les Dolomites ( le nord de l’Italie), j’ai traversé l’Autriche pour aller en Allemagne du sud: d’abord à Munich, dans la restauration toujours, puis ensuite en Allemagne de l’Est où là je décidai de vivre l’aventure au jour le jour. Là tout était plus difficile : l’hiver, le froid, où dormir ? Comment manger ?  Pas de possibilité de dormir dans les WC du métro !  J’ai dû marcher toute une nuit pour ne pas mourir de froid… J’ai été, par contre, hébergé par des étudiants, des réfugiés politiques, un immigré italien, un homme du monde de la nuit… j’ai même trouvé refuge dans un bâtiment éclairé où des chrétiens évangéliques se réunissaient. J’ai même testé le pasteur à la fin de l’office pour lui demander de l’argent pour manger. Il m’a donné cinq marks. J’ai pu manger au Mc Do pas loin. A mon insu, le pasteur m’a suivi et m’a donné son adresse. Plus tard, j’ai eu l’occasion d’aller chez lui : alors qu’il partait avec sa femme et leur bébé, il m’a reçu, m’a donné à manger et a prié pour moi.

Après beaucoup d’autres expériences, mon cœur restait cruellement vide et décidai donc de rentrer au pays après cinq ans et demi d’absence.

 Pendant cette longue absence deux de mes frères s’étaient convertis et faisaient partie d’un petit groupe communautaire d’une dizaine de jeunes dans une église évangélique à Reims. Dépressif et sur les conseils de ma mère, j’allai les rejoindre. Jusque là, Dieu n’était pour moi qu’un Dieu lointain, discret dans son ciel à qui bien-sûr on aurait à rendre des comptes à la fin mais en attendant d’être vieux, je croquais la vie à pleines dents !

 Mais là, en voyant ces jeunes qui s’adressaient à Dieu comme à un Père, à quelqu’un de vivant, j’étais vraiment impressionné ! De plus il y avait, comme par hasard,  une semaine d’évangélisation à l’église, à raison de deux réunions par jour. J’entendais la Parole de Dieu, je la lisais aussi pour la première fois et réalisais que j’étais pécheur et que je devais me repentir. Je pleurais, pleurais…

Un jour le pasteur m’a proposé de prier avec lui et j’ai donné mon cœur au Seigneur et fait  la paix avec Lui. J’étais heureux, j’avais comme des ailes.

Comme j’habitais à trente kilomètres de Metz, ce pasteur m’a dirigé vers une église évangélique que son fils avait fréquentée pendant son service militaire. J’y suis resté quelques mois puis j’en suis reparti parce que je regardais les défauts des gens. J’attendais beaucoup des chrétiens ! Maintenant je sais qu’eux aussi sont imparfaits. Alors je continuais ma vie avec Dieu bien-sûr, mais seul avec mes propres forces encore ! Comme un « Robinson Crusoé de la foi” mais ça n’a pas marché !

 J’ai pu repartir avec le Club Méditerranée en Grèce pour enseigner la voile en italien. Là, je suis retombé dans les mêmes pièges du péché ! Je suis revenu très affecté.

Je savais pourquoi : après avoir rencontré l’amour de Dieu mon Père et m’en être éloigné, j’avais perdu la joie et la paix intérieure qui ne viennent que de Lui. 

Je suis retourné à l’église tout penaud, demandant pardon au Seigneur, et fort de cette leçon, je m’engageai avec Lui en prenant mon baptême. Ce fut le jour le plus merveilleux de ma vie : le 27 juin 1982 !

 Cela fait plus de quarante ans maintenant que je suis engagé avec Lui. Je suis devenu une nouvelle créature comme le dit la Bible, la Parole de Dieu. Je n’ai pas oublié le Norbert d’autrefois et je remercie le Seigneur de m’avoir radicalement transformé. Il me permet de vivre une relation quotidienne avec lui, de Père à fils. Il m’a aimé le premier, Il m’aime et m’accompagne tous les jours de ma vie. Il pardonne mes péchés que je confesse, Il m’accorde la vie Éternelle.

Voilà le miracle de Dieu.